On en parle beaucoup, et c’est normal : l’intelligence artificielle s’invite partout, y compris dans la photo. On peut générer des décors, lisser une peau en deux clics, faire disparaître des éléments, voire inventer carrément des visages ou des scènes entières. Très tentant.
Mais moi, j’ai fait un choix simple : je n’utilise pas l’IA pour retoucher mes images. Ni pour modifier vos visages, ni pour créer des fonds, ni pour “améliorer” artificiellement la réalité.
Ce n’est pas un discours militant, ni un jugement sur celles et ceux qui l’utilisent autrement. C’est juste une question de cohérence avec ce que j’aime faire, et de limites que je me fixe. Voici pourquoi ...
Ce que je fais (et que je ne fais pas)
Je ne suis pas anti-IA dans l’absolu.
Je l’utilise parfois pour m’aider à structurer un article de blog, pour m’inspirer quand je suis bloquée, ou pour organiser mes idées quand j’ai trop de trucs en tête. Il m’arrive aussi ponctuellement de générer des images pour faire une blague à des proches ou pour illustrer des dossiers sur mon ordinateur, par exemple. Ce ne sont pas des choses que je diffuse, elles restent dans ma sphère personnelle.
Jusqu'ici je souhaite à tout prix éviter d'utiliser l'intelligence artificielle pour améliorer ce que je vends. C'est pourquoi je n’ai encore jamais utilisé l’IA pour retoucher vos photos, et je ne prévois pas de le faire. Je ne m’en sers pas pour modifier vos corps, ajouter des éléments, effacer des détails ou rendre les images plus “parfaites”.
Pourquoi je trace cette limite
Un système opaque
L’un des principaux problèmes avec l’utilisation de l’intelligence artificielle pour la création d’images est le manque de transparence sur son fonctionnement. L’IA générative repose sur des algorithmes complexes, souvent créés par des entreprises qui ne révèlent pas la manière exacte dont elles ont été développées ou les bases de données qu’elles utilisent pour s’entraîner. Cela me dérange profondément en tant que créatrice, car l’outil est censé être au service de l’humain, mais l’humain derrière l’outil est largement ignoré. Cela soulève des questions sur la propriété des œuvres générées et sur la manière dont ces technologies transforment notre perception de la créativité.
Des œuvres pillées sans consentement
L’autre point qui me pousse à éviter l’IA est que ces systèmes sont souvent nourris avec des œuvres d’artistes qui n’ont jamais donné leur accord. L’IA génère des images à partir d’une masse énorme de données, et une bonne partie de ces données provient du travail d’artistes, photographes, et créateurs de contenu. Ces œuvres sont utilisées sans rémunération, ni consentement explicite. Pour moi, c’est une question d’éthique : je ne me sens pas à l’aise de participer à un système qui repose sur l’exploitation de travail non rémunéré. Cela touche à un respect fondamental des droits des créateurs, et je crois fermement qu'un système où la création est partagée librement et respectueusement est essentiel. C'est principalement pour cette raison que j'ai refusé de participer à la vague de contenus inspirés du célèbre studio d’animation japonais Ghibli, qui n'a pas été consulté, ni crédité, ni rémunéré pour cette utilisation. Même si oui, les résultats étaient chouettes.
Je préfère travailler avec des humains
Au lieu de recourir à l’IA pour générer des éléments visuels ou des retouches automatisées, je préfère le faire à la main, et si besoin travailler avec et soutenir des artisans. Si je veux créer des éléments spécifiques comme une tenue particulière ou un accessoire personnalisée pour une séance photo, je vais plutôt chiner cet élément, l'emprunter, ou faire appel à un créateur pour l'occasion. Cela a une valeur humaine, et c'est une manière de soutenir d’autres petites entreprises, tout en restant fidèle à ma philosophie de travail. De plus, le processus créatif humain permet une interaction, une co-création et une personnalisation que l’IA ne pourra jamais offrir.
L’impact écologique de l’IA
Un autre facteur que je prends évidemment en compte, et qui me pousse à limiter mon utilisation de l’IA, est l’impact écologique. Bien que les technologies comme l’IA ne soient pas aussi polluantes que certaines autres industries, elles nécessitent néanmoins une quantité considérable d’énergie pour fonctionner, notamment à travers les centres de données et les serveurs qui hébergent ces intelligences artificielles. Les calculs, les entraînements de modèles, et les processus de génération d'images consomment des ressources. Je suis consciente que toute technologie a un coût écologique, et en tant que photographe, je pense qu'il est important de privilégier des méthodes plus simples et plus durables quand c’est possible. À l'instar de la 5G, je ne doute pas que l'IA représente un vrai progrès dans certains domaines tels que la médecine. Pour autant, je n'ai pas la certitude que son utilisation par le grand public soit vraiment nécessaire, surtout avec aussi peu d'encadrement législatif et à la lumière des dérives graves que l'on observe déjà.
Les résultats ne sont pas toujours à la hauteur
Il est également important de souligner que les résultats générés par l'IA ne sont pas toujours aussi parfaits qu’on pourrait le croire. Bien que l’IA puisse produire des images de qualité dans certains cas, elle reste encore imparfaite, surtout quand il s'agit de détails subtils. Les IA génèrent des images qui, à première vue, semblent réalistes, mais dès que l’on s’y attarde, on remarque souvent des incohérences dans les ombres, les proportions, ou des éléments qui manquent d'humanité et de profondeur. Pour des photos qui capturent des moments réels et vivants, ces imperfections seraient inacceptables à mes yeux.
Je m’en suis très bien passée jusqu’ici
Enfin, jusqu'à très récemment, je travaillais sur un Mac mini mi-2011. J'ai remplacé cette machine le mois dernier, et bien que ses lenteurs ne vont pas ma manquer, la nouvelle version de Photoshop gonflée à l'IA n'a absolument pas été un argument pour me faire changer de matériel, au contraire même.
Je faisais des retouches complexes bien avant que l’IA ne fasse son entrée dans les logiciels d'Adobe. À cette époque, personne n’avait accès à ces outils, et pourtant, les photos sublimes et les clients satisfaits étaient déjà une réalité. Cela montre que la création artistique n'a pas besoin de ces technologies pour être authentique, et qu’une approche humaine, avec les outils que l’on maîtrise, reste largement suffisante. Je ne suis pas réfractaire au progrès, mais je crois qu'on peut continuer à travailler avec des procédés anciens qui ont fait leurs preuves, tant qu'on se tient au courant des nouveautés, et qu'on se montre capable de les adopter en cas de besoin.
En résumé, ce que je préfère
Je retouche mes photos, bien sûr. Je corrige des couleurs, j’ajuste la lumière, je recadre. Mais je le fais avec douceur, en respectant les personnes photographiées. Je ne lisse pas les visages à outrance, je ne gomme pas les plis d’un vêtement, je ne simule pas des couchers de soleil de rêve.
Je préfère capturer ce qui est vrai, ce qui est là : une main, un regard, une lumière, une présence. Des images imparfaites parfois, mais vivantes, et des expériences que vous avez partagées avec moi. Je fais ce métier pour ça.
Je ne suis pas contre l’IA en bloc. Elle peut avoir ses usages, et je l’utilise parfois dans les coulisses.
Mais pour mes images, mes séances, mes clients, je fais un autre choix.
Je choisis le réel.
Je choisis le respect.
Je choisis l’émotion vécue plutôt que l’illusion parfaite.
Et tant que ce sera possible, je continuerai à faire ce choix.